Marius Dewilde vedette et victime

Marius Dewilde vedette du mois

En l'espace de quelques jours, c'est la célébrité. Le nom de Marius Dewilde, le petit ouvrier sableur, "l'parisien", l'obscur, le sans grade, apparait dans tous les journaux. C'est l'homme qui a vu des martiens. Il passe plusieurs fois aux actualités, son veston du dimanche passé par dessus sa salopette. On l'y interroge sur ce qu'il pense de la situation internationale. Des dizaines de journalistes défilent chez lui. Il a droit à "la Une" de la revue RADAR (dans une reconstitution complètement fantaisiste).

Le journal NORD MATIN en vient à écrire:

Une de Radar
La couverture de Radar
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"L'affaire de la soucoupe" a fait de Quarouble le lieu de rendez vous de tous les reporters de France
Les revélations de M. Marius Dewilde de Quarouble lequel, il y a quinze jours, a prétendu avoir été frolé par les deux passagers d'une soucoupe volante ont fait, de la modeste bourgade du Valenciennois, le lieux de rendez-vous de tous les journalistes de France et de Navarre. Depuis deux semaines, M. Dewilde, Mme Dewilde plutôt, a reçu dans son humble maisonnette du passage à niveau 79 plus de visiteurs que le président du conseil lui même.
( NORD MATIN, 25 septembre 1954, p 2)

Et de fait, Marius Dewilde ne sait plus ou donner de la tête, d'autant qu'il reçoit un abondant courrier. Même son chien a droit aux honneurs de la presse nationale.


Dewilde dessine les êtres

Dewilde dépouille son courrier

Kiki, dans Point de Vue-Images du monde

Mieux, Marius Dewilde a droit à un reportage fait par les martiens eux mêmes!

bouton reportage
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Par les martiens eux même! Si! La revue Point de Vue - Images du Monde a pu se procurer le reportage que les envoyés spéciaux martiens Suiram Drahcir et Eciruam Ikswelaz, ont fait après la visite qu'ils ont effectuée au P.N. 79 de Quarouble, le soir du 10 septembre 1954. Il y a des photos, toutes plus surprenantes les unes que les autres, du moins pour des martiens.
Ca y est! Ils ont touché la terre! Ils se sont posés sur deux traits de lumière pâle (les rails).
La Terre est elle habitée? Ils s'approchent d'une faible lumière: Oui, elle est habitée. Ils voient un terrien (Marius Dewilde) dans son habitation. Quel dommage qu'ils aient pour consigne de ne pas entrer en contact avec les terriens.
Un mystérieux engin (le vélo) excite leur imagination: est il en avance ou non sur leur propre technologie?
De mystérieuses masses sombres (des meules) les intriguent: elles ressemblent aux habitations des martiens d'il y a des dizaines de milliers d'années.
Une chose merveilleuse (un chardon) leur parait une énigme que leurs savants auront à résoudre.
Les cris d'un être à quatre pattes (le chien) sont les premiers bruits qu'ils perçoivent. Le terrien sort alors de son habitation et lance un son, "Kiki", qui fait s'immobiliser le petit être.
Le terrien les a vu. Il s'approche d'eux! Ils lancent alors un rayon de protection et s'en vont.

Bien sûr, ceux qui se rappellent qu'en 1954, le "martien" était simplement du français écrit à l'envers, ont compris qu'il s'agissait d'un reportage imaginaire, par les journalistes Marius Richard et Maurice Zalewski.

Les ennuis commencent

"Pour vivre heureux, vivons caché", dit la sagesse des nations. Que Marius Dewilde ne s'en est il souvenu. Attirer l'attention de la France entière quand on est assigné à résidence, et sous-locataire d'une maison qu'on n'a pas régulièrement le droit d'habiter, quelle malheureuse imprudence!
Et de fait, la SNCF apprit, comme tout le monde, que la maisonnette du PN 79 était habité par un certain Marius Dewilde alors qu'elle devait être occupé par un agent de la SNCF. Cet agent, tombé malade, était parti à Quiévrechain, et avait sous-loué la maisonnette. Il dut s'en mordre les doigts, et pris un avocat qui ne se hata pas trop de faire partir Dewilde qui resta encore plusieurs mois. Les journaux annoncèrent néanmoins que la SNCF avait enjoint à Dewilde de déguerpir, et le journal valenciennois L'Observateur ironisa:
"A cause de « Mars », il est menacé d'aller loger... sur la Lune"

Mais ce n'est pas tout. De nombreux Quaroubains, las de cette publicité, préfèrent taxer Dewilde, d'ètre un visionnaire, un hurluberlu, un halluciné, voire un imposteur, au point que Dewilde excédé retourne au commissariat d'Onnaing avec l'intention de déposer une plainte en bonne et due forme.

Les radiesthésistes s'en mèlent

séance de recherche au pendule
Les radiesthésistes prétendent, grace au pendule ou à la baguette de sourcier, découvrir des sources, des trésors, et en général tout ce qui est caché. Fort des succès de leur fondateur, l'abbé Bouly, à qui ils doivent leur nom, ils s'énorgueillisent de maintes découvertes, mais préfèrent passer leurs échecs sous silence. Ainsi, en septembre 1954, ils essayaient de trouver des explications au brillant échec du radiesthésiste qui, cet été là, avait été la cause de la vente du chateau de Sully, car il avait faire à la marquise de Beausset, sa propriétaire, de coûteux travaux à la recherche d'un trésor qu'on ne trouva jamais.
Justement, à Valenciennes, il y avait deux associations de radiesthésistes, dont la plus importante ne comptait pas moins de 200 membres, sous la présidence de M. Bauduin. C'est au point qu'à l'époque, la revue Nord France titra: Tous les Valenciennois Radiesthesistes?.
On comprend que ces distingués radiesthésistes Valenciennois pouvaient bien espérer, grace à leur art, en savoir plus sur le mystérieux appareil qui s'était posé à Quarouble, sur son origine et sur ses passagers.

Grande séance de radiesthésie pour déceler l'origine des soucoupes volantes
La semaine dernière le Club des Radiesthésistes s'est rendu à Quarouble, sous la conduite de son président pour faire une enquête sur cette fameuse soucoupe volante qui est venue se poser sur la voie de chemin de fer.
( Liberté, 19 octobre 1954, p 4)

L'article continue sur deux colonnnes. Malheureusement, le journal Liberté, communiste et matérialiste, ne croyait ni à la radiesthésie, ni aux soucoupes volantes, et ne jugea pas utile d'envoyer un journaliste sur place. Il se contenta d'un récit imaginé et humoristique, pour railler, tant le témoin que les pendulisants. Ce récit est évidemment faux puisque le témoin, qui est tourangeau, s'y exprime en patois du nord. Nous ne savons donc rien des investigations des radiesthésistes, et de leur résultat (nous n'y perdons probablement pas grand chose).

La frustration de Marius Dewilde

Marius Dewilde a ses raisons d'en avoir marre: Non seulement on se moque de lui, non seulement on le prend pour un dingue, mais Des dizaines de journalistes sont venus le harceler de questions sournoises, soit dans l'espoir de le voir se couper, soir dans celui d'en extraire plus que leurs collègues.
Surtout tout ces journalistes n'envisageait son aventure que comme l'observation de martiens dans une soucoupe volante, ce que n'avait jamais prétendu Dewilde, comme ici aux actualités Pathé.


Alors maintenant monsieur Dewilde,vous êtes l'homme qui avez vu des martiens

j'leur ai pas d'mandé leur identité

Donc ces journalistes voulait savoir à quoi ressemblait exactement cet engin, d'où il venait, à quoi il pouvait fonctionner, quel langue pouvait parler ses occupants, etc...
Mais de tout cela, Marius Dewilde ne sait rien. Il a vu une masse sombre dans la nuit, des petits être courbés, dont il n'a pas vu les bras, entendu un bruit de porte à glissières, mais il n'a pas vu le visage de ces êtres ni ne les a entendu parler. Il n'a même aucune preuve de l'existence de ces êtres, quant à la soucoupe, il a du fabriquer les preuves lui même.
Ha, s'il n'avait pas été paralysé par cette lumière....

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Dernière mise à jour: 22/07/2018