A Chéreng, cinquante témoins de la lune

Une cinquantaine de personnes, dont un directeur d'école, qui a répondu obligeamment aux questions des journalistes. Voila qui parait sérieux. Et pourtant, à Chéreng comme ailleurs, ce soir là, c'était la lune qu'on prenait pour une soucoupe volante.

Nord Eclair donne une version détaillée, qui restera ignorée.

A Chéreng, CINQUANTE PERSONNES
STUPEFAITES ONT ASSISTE DIMANCHE
AUX EVOLUTIONS D'UNE
"SOUCOUPE VOLANTE"

  Une cinquantaine de Chérengeois qui participaient dimanche soir à la fête du hameau de l'Autour, ont assisté a un spectacle extraordinaire que le programme n‘avait pas prévu: les évolutions d'un mystérieux engin.
  Tous sont formels pour dire: « Nous avons vu une soucoupe volante ».
  Nous n'aurions certes pas relaté ce fait si nous n'avions mené une enquête dans la localité et entendu des témoins sérieux dont les déclarations ne peuvent être mises en doutes.
  L'évènement s'est produit peu avant 20 heures. M. Fiolet, directeur de l'école de garçons nous a dit a ce sujet: « Je bavardais en compagnie de quelques personnes dans le café de Monsieur Coyat, lorsque nous entendîmes un léger bourdonnement.
  Personne ne prêta attention au bruit insolite; quelques minutes s'écoulèrent... Soudain deux de mes élèves , Jean-Marc Delerue et Gérard Mullier, se précipitèrent vers moi en criant: « Venez voir m'sieur ! une soucoupe volante »
  Tout le monde s'apprêtait à rire lorsque le mot « soucoupe » prononcé par la foule qui, dehors, asssistait à la fête, parvint à nos oreilles.
  C'est alors que nous sortimes.
  Un spectacle curieux s'offrit à nos yeux: une cinquantaine de personnes, les yeux écarquillés, fixaient l'horizon. A cinq cents mètres environ un engin rougeâtre semblait reposer sur le sol.
  Nous courûmes vers le lieu choisi pour cet «atterrissage» mais la « soucoupe » s'éleva, se stabilisa et se déplaça horizontalement.
  Sceptique, je pensai tout d'abord à un quartier de lune, mais consultant le calendrier je constatai que le prochain quartier de lune ne devait se produire que mardi.
  Certaines personnes vous diront avoir vu deux cigares volants!
  C'est inéxact, il s'agit là d'un effet d'optique que je vais vous expliquer rapidemment.
  Toutes les personnes qui assistèrent dès le début aux évolutions de l'engin ont pu remarquer que la partie centrale de la « soucoupe » s'est éteinte un moment, ne laissant apparaitre que les deux parties allongées situées de part et d'autre du renflement central.
  Toutes ces opérations se sont déroulées dans un léger bourdonnement.
  Mme Mouveaux, née Delattre, employée aux établissements Duquennoy et Lepers, à fait la même déclaration.
  D‘autres personnes dont l‘enumération serait trop longue ont tenu des propos sensiblement analogues.
  Lundi, M. Fiolet a interrogé ses éléves. Ceux qui étaient présents lors de l‘apparition ont donné des renseignements qui concordent toujours.

(Nord Eclair, 5 octobre 1954, page 2)

Nord Matin donne la version qui sera reprise par les ufologues.

Des engins mystérieux
sillonnent le ciel
de notre région


Atterrissage d‘un cigare
près de Lille
Dimanche c'était la ducasse à Chéreng, petite commune située non loin de Lille. A 19 h20 quelques habitants virent un cigare qui atterrit à la passerelle de la Marque. L'atterrissage précédé d'une pluie d'étincelles se fit sans bruit, mais l'engin disparut avant l'arrivée des témoins. L'ambiance joyeuse de la fête laissent croire à une plaisanterie, de nombreuses personnes ne crurent pas au récit des témoins - mais la confirmation se fit dans la journée du lundi.
Note: Cette version, manifestement fausse, est la seule qui mentionne une pluie d'étincelles, et une disparition avec l'arrivée des témoins. C'est malheureusement elle qui sera reprise par les ufologues.
(Nord Matin, 5 octobre 1954, page 10)

L'édition locale de Nord Matin en dit plus.

A CHÉRENG, sous le signe des soucoupes...

  L'apparition d’une soucoupe dimanche soir dont nous-avons donné un écho dens notre numéro d'hier, a bouleversé le calme de la commune. Le nombre de témoins et leur respectabilité apporte un jour nouveau a ce que bon nombre de gens prennent pour une plaisanterie.
« J'ai vu: je crois
aux soucoupes »
  C'est en ces termes que M. Fiolet, directeur d'école, répond a nos questions. De tous les témoins il ne pouvait étre question d'en choisir un meilleur que cet excellent pédagogue.
  Selon M. Fiolet, l'engin n'atterrit pas à la passerelle, une illusion d'optique laissant supposer cet endroit comme le lieu d'atterrissage.
  Se précipitant avec son fils et un de ses élèves, M. Fiolet vit l'appareil évoluer au delà d'Anstaing en direction, lui sembla-t-il, de Sainghin-en-Mélantois.
  L'objet avait la forme d'un croissant de couleur rouge, puis en s'élevant il prit la forme d'une goutte, pointe en bas, et il manoeuvra de bas en haut plusieurs fois dans cette forme.
  Les enfants ayant aperçu l‘engin avant le directeur d'école furent priés lundi de dessiner chacun la forme de ce qu'ils avaient vu. La conformité des dessins ne laissant aucun doute, il ne s'agit pas d'un phénomène d'optique. De plus des témoignages venant des villages voisins correspondent à l'heure et à la couleur de l'objet discerné.
(Nord Matin, édition Lille banlieue, 6 octobre 1954, page 3)

La Voix du Nord donne une heure plus tardive.

A Chéreng comme à Annoeulin, les habitants
ont vu un engin mystérieux se promener dans le ciel
  Dimanche soir, alors qu'une centaine d'habitants de la région d'Annoeulin apercevaient dans le ciel un engin bizarre, une cinquantaine de chérengeois rassemblés a l'occasion des fêtes du hameau de l'Autour ont fait des constations identiques.
...
Parmi elles se trouvait M. Fiolet, directeur de l‘école communale de garçons, dont le sérieux ne saurait être mis en doute. Il nous a fait le récit du spectacle comtemplé dimanche, vers 20 heures, par les Chérengeois, qui dura une vingtaine de minutes.

Le récit du directeur d'école:

  « Il était 20 h. environ, et les Fêtes du quartier de l'Autour avaient amené, dans ce hameau de Chéreng, de nombreux promeneurs.
  J‘étais en train de causer en compagnie de quelques amis au café Coyot quand j'eus mon attention attirée par les murmures de la foule qui se trouvait au dehors: « Ce sont des soucoupes, ce sont des soucoupes » disaient les gens.
  Je fus interpellé par deux de mes élèves: Jean-Marc Delerue et Gérard Mullier.
  Sceptique, je me suis avancé, suivi par quelques amis, pour constater la présence dans le ciel, à une distance d'environs 20 km. en direction Sud-Sud-Ouest, d'un engin de forme oblongue duquel émanait une puissante lueur rougeâtre. On aurait dit un croissant de lune arrondi vers le bas. La partie centrale de l'engin légèrement renflée paraissait plus éclairée. Tout à coup, la partie renflée s'éteignit. C'est alors que j'eus l'impression, et les personnes présentes également, de voir deux cigares, l'engin qui évoluait lentement, pivota puis disparut ».
(La Voix du Nord, édition Lille +, 6 octobre 1954, page 6)

Nord Matin va vérifier que ce n'était pas une Montgolfière.

CHÉRENG
AU SUJET DES SOUCOUPES
  Apprenant les facéties du retraité de Beuvry, nous sommes allés sonder les témoins de l'apparition de dimanche et leur demander leur avis.
  Certains, encore sous le coup de la surprise, n'émettent aucun avis, mais nous savons que le distingué directeur déécole, M. Fiolet, dont le précieux témoignage a convaincu ses compatriotes, M. Fiolet, disions-nous rejette l'hypothèse de la Montgolfière dans l'apparition qui survola la commune dimanche soir. Pour lui, seule demeure l'hypothèse d'un engin dont la manipulation semble hésitante par moments et qui demeure inconnu jusqu'à ce jour et provoque une foule de suppositions.

(Nord Matin, édition Lille banlieue, 9 octobre 1954, page 5)

Nous ne trouvons rien de plus dans les autres journaux de la région du nord, et Libre Artois du 6 octobre ne fait que copier le texte de Nord Matin du 5.

Aimé Michel fait de Chéreng la première observation de la soirée.

  - Chéreng, 19 h 20. La première observation est signalée à Chéreng, petit village situé dans la campagne sur la route nationale n° 41 entre Lille et Tournai, à une dizaine de kilomètres de Lille. Il faisait un beau temps clair, et le ciel était sans nuage. Chéreng célébrait ce jour là sa « ducasse », c'est à dire sa fête patronale.
  Soudain, à 19 h 20, des promeneurs qui se trouvaient un peu à l'ouest du village virent arriver à basse altitude et à toute allure dans le ciel une espèce de forme lumineuse de profil oblong. Parvenu à la hauteur de la passerelle franchissant la petite rivière de la Marque, l'objet stoppa, sembla jeter quelques étincelles et descendit vers le sol.
  Les témoins prirent leurs jambes à leur cou et se précipitèrent vers la passerelle pour voir de quoi il s'agissait. Mais à leur approche, l'objet reprit vivement de l'altitude et disparut comme il était venu. Le tout n'avait guère duré plus d'une dizaine de secondes et s'était déroulé en silence. L'enquête révéla que de nombreuses personnes des environs avaient assité soit à l'arrivée, soit au départ de l'objet.

Note: Aimé Michel semble reprendre, indirectement, les informations de Nord Matin, mais on aimerait savoir où il a trouvé cette durée alléguée d'une dizaine de secondes, quand La Voix du Nord parle d'une vingtaine de minutes.
(Aimé Michel, Mystérieux Objets Célestes, Arthaud 1958, p 187)

Jacques Vallée reprend les informations d'Aimé Michel.

184) 3 Octobre 1954, 19 h 20. Chereng (France)
  La foule rassemblée à la foire vit arriver à grande vitesse dans le ciel un objet lumineux qui, soudain, s'arrêta, jeta des étincelles, et descendit vers le sol. Il repartit dès que les témoins se mirent à courir vers lui.(M. 113).

(Jacques Vallée , Un siècle d'atterrissage UFO, in Chronique des apparitions extraterrestres, Denoel 1972, page 289)

Dans son catalogue de rencontres rapprochées, Michel Figuet cllasse l'observation de Chéreng avec les méprises lunaires. Il se base sur le compte rebdu paru dans le Bulletin du GNEOVNI n° 3, ainsi que sur l'analyse des cas du 3 octobre paru dans les Bulletins n° 5, 6 et 7. Ce sacrilège ne plait pas à Jean-Sider, pour qui une analyse critique n'a aucune valeur, puisqu'elle aboutit à désacraliser une observation de soucoupe volante.

Jean Sider fait plus confiance à un pisse-copie qu'à un témoin compétent.

  3 octobre, 19h20, Chéreng, Nord.

  Au cours de la fête "la Ducasse", qui se déroulait à Chéreng, petite commune située non loin de Lille, quelques habitants virent un "cigare" qui atterrissait à la passerelle de la Marque. L'atterrissage, précédé d‘une pluie d'étincelles, se fit sans bruit, mais l'engin disparut avant l‘arrivée des témoins. L‘ambiance joyeuse de la tête laissant croire à une plaisanterie, de nombreuses personnes ne crurent pas au récit des témoins, mais la confirmation se fit lundi.
Source : Libre Artois, Arras, 6 octobre 1954, p. 3.
Note: Libre Artois ne fait copier Nord Matin du 5 octobre, et ses erreurs.
Nota : Figuet, p. 657, parle d‘une confusion avec la Lune !! ll se réfère aux "travaux" d‘un sieur Caudron, rationaliste débile, lequel se fie aux élucubrations d‘un sieur Bonte. ingénieur dont j'ai déjà évoqué l'étroitesse de son univers conceptuel dans le chapitre précédent. Comment la Lune peut-elle produire un cigare posé sur une route est un mystère encore plus impénétable que celui des ovnis...

Note: Michel Figuet se référait à l'analyse des 46 observations du 3 octobre, parue dans les Bulletins du GNEOVNI n° 3, 5, 6 et 7. Le "rationaliste débile" avait utilisé une matrice de test comptabilisant les éléments compatibles avec une observation de la lune, en notant que deux témoins avaient formellement reconnu la lune. L'un des ces témoins était Antoine Bonte, un professur d'université qui avait assisté à l'ensemble du phénomène, reconnaissable d'abord comme la lune, puis méconnaissable à travers les nuages. Jean Sider préfère donc se fier à un article de journal de seconde main, qu'au compte rendu de l'observation d'un témoin compétent. Ce qui l'amène à affirmer que les témoins ont vu un cigare posé sur une route, alors que le témoin principal de Chéreng affirmait que cet atterrissage n'était qu'une illusion.
Ainsi, Jean Sider sait mieux que les témoins ce que les témoins ont vu, lui qui est ufologue. Voila qui rappelle les médecins de Molière: "nous savons mieux que vous comment vous vous portez, et nous sommes médecins (Monsieur de Pourceaugnac, Acte I, scène 11)

(Jean Sider, Le dossier 1954 et l'imposture rationaliste, Ramuel 1997, p 94)

ANALYSE

la passerelle de la Marque
Il n'y a quasiment rien de vrai dans ce qu'ont raconté les ufologues, à la suite d'Aimé Michel: Un engin oblong, qui arrive à grande vitesse, qui stoppe au dessus de la passerelle de la Marque, jette une pluie d'étincelles (ce qui ferait penser à un bolide), descend vers le sol, puis repart dans le ciel quand les témoins accourent, le tout n'ayant duré qu'une dizaine de secondes. Dommage que l'affaire ne soit pas racontée dans une bande dessinée, car c'est presque du "space opera".
Non, le principal témoin, M. Fiolet est formel: l'engin n'atterrit pas à la passerelle, c'était une illusion. Pour lui, l'engin était situé plus loin: à 500 m, selon Nord Eclair, et même 20 km, selon La Voix du Nord. Mais ces 20 km sont manifestement une coquille, puisque selon Nord Matin l'objet se serait situé vers Sainghin-en-Mélantois, c'est à dire à 2 km. Mais, quelque soit la distance, M. Fiolet explique bien que la partie centrale de la « soucoupe » s'éteignit un moment, ne laissant apparaitre que les deux parties allongées situées de part et d'autre du renflement central, ce qui donnait l'impression de voir deux cigares. Pour M. Fiolet, il n'y eut qu'un engin, mystérieux certes, et qui évolua, mais n'atterrit pas à la passerelle.
De plus, à part l'article erroné de Nord Matin du 5, il n'est nulle part question d'une arrivée rapide, d'une pluie d'étincelles et d'une durée d'une dizaine de secondes. L'observation aurait duré, au moins plusieurs minutes (Nord Eclair) ou une vingtaines de minutes (La Voix du Nord).
Quant à ceux qui veulent absolument que l'objet ait eu la forme d'un cigare, ce qui exclurait l'hypothèse de la lune, rappelons la description donnée par M. Fiolet :
- On aurait dit un croissant de lune arrondi vers le bas (La Voix du Nord)
- L'objet avait la forme d'un croissant de couleur rouge (Nord Matin)
- je pensai tout d'abord à un quartier de lune (Nord Eclair)
Hé oui, l'objet ressemblait tellement à la lune que M. Fiolet consulta le calendrier pour connaitre la date du premier quartier. Que ne s'était il rappelé qu'avant d'ètre en quartier, la lune est en croissant.

Pour en savoir plus, il nous faut reconstituer avec précision, le temps, et le lieu. Pour le lieu, les photographies aériennes de l'IGN nous renseignent.

le hameau de l'Autour en 1957

Le hameau de l'Autour, était à l'époque beaucoup moins construit qu'aujourd'hui, mais nous ignorons où se trouvaient exactement les témoins, bien que nous connaissions l'emplacement de la passerelle de la Marque. Nous savons néanmoins que l'objet se situait vers Sainghin-en-Mélantois, donc au sud-ouest. Il se situait bas sur l'horizon puique certains témoins le crurent posé au sol.
L'incertitude est surtout sur l'heure. 19 h 20, dans une version (douteuse), 20 h dans une autre, et nous savons que d'autres témoins signalent des phénomèns exactement similaires à des heures échelonnées jusqu'à 21 h 30. Le problème est que la méthode de détermination de l'heure, et son incertitude, ne sont indiquées nulle part. Dans ces conditions, 20 h nous parait un minimum.

la lune à Chéreng à 20 h 20
Nous avons donc, une cinquantaine de personnes, qui, vers 20 h, ont observé, vers le sud-ouest, ou entre le sud-ouest et le sud-sud-ouest, et bas sur l'horizon, un objet qui ressemblait tellement à la lune, que M. Fiolet vérifia sur la calendrier. l'observation aurait duré jusque vers 20 h 20.

Or où se trouvait donc la lune, ce soir là, entre 20 h et 20h 20 ?
Stellarium nous l'apprend: dans un azimut de 217.3°, avec une hauteur de 5.5°, soit bas sur l'horizon entre le sud-sud-ouest et le sud-ouest, c'est à dire là où les témoins ont vu le mystérieux objet.

Par ailleurs, nous savons, par l'observation du professeur Bonte, que ce soir là, la lune apparaissait entre les nuages, rougie et coupée en deux, c'est à dire justement ce que les témoins ont décrit.

Donc ce soir du dimanche 3 octobre, à Chéreng, une cinquantaine de personnes n'ont pas vu arriver rapidement un engin oblong, qui stoppa, jeta des étincelles, se posa au sol, et repartit presque immédiatement, ils ont vu dans la direction de la lune, un objet qui avait exactement l'apparence de la lune. Conclusion: Tous ces braves gens n'ont vu que la lune.

Maintenant, pouvons nous imaginer que les journaux aient décrit la triste réalité?

A Chéreng, CINQUANTE PERSONNES
STUPÉFAITES ONT VU LA LUNE
DÉFORMÉE PAR DES NUAGES
(Nord Eclair, 5 octobre 1954, page 2)

Par contre nous imaginons très bien que Jean Sider traitera cette analyse "d'élucubration de rationaliste débile"

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Dernière mise à jour: 23/01/2017