Conrad Lycosthenes reconstitue les prodiges d'Obsequens

Lycosthenes
Conrad Lycosthenes
Profigiorum
et son livre

  Le Prodigiorum Liber de Julius Obsequens aurait pu rester inconnu si, en 1508, Aldo Manuzio n'en avait fait une édition d'après un manuscrit que lui aurait offert son ami, l'imprimeur Jodocus Badius.
  Mais voila, ce qu'avait pu retrouver Jodocus n'était qu'un fragment, couvrant les deux derniers siècles avant notre ère, alors que l'original remontait probablement jusqu'à la fondation de Rome. On peut constater sur l'édition d'Aldo Munuzio, que le premier prodige mentionné ne remontre qu'à 190 avant notre ère.
  Réussirait-on un jour à reconstituer le texte initial en retrouvant les autres fragments? En attendant, une autre solution était de tenter de le reconstituer en puisant aux mêmes sources que lui. On pouvait remarquer, en effet, que les prodiges mentionnés par Julius Obsequens se retrouvaient dans Ab Urbe Condita, l'Histoire romaine de Tite Live.

Tite LiveObsequens
terra apud se pluvisse Tusculani nuntiabant
On annonçait que de la terre avait plu chez les Tusculans,
L. Scipione C. Laelio coss. [Anno ab urbe condita 564. anno ante Christum 190]
Tusculi terra pluit.

Lucius Scipion et Caius Laelius étant consuls [An 564 de Rome. 190 avant Jésus-Christ]
A Tusculum, il plut de la terre.

Priusquam in provincias novi magistratus proficiscerentur, supplicatio triduum pro collegio decemvirorum imperata fuit in omnibus compitis, quod luce inter horam tertiam ferme et quartam tenebrae obortae fuerant. Et novemdiale sacrificium indictum est, quod in Aventino lapidibus pluvisset.
Avant le départ des nouveaux magistrats pour leurs provinces, trois jours de prières publiques furent prescrits par le collège des décemvirs dans tous les carrefours, parce qu'entre la troisième et la quatrième heure du jour, des ténèbres s'étaient faites; Et le sacrifice de neufs jours fut également ordonnée parce que sur l'Aventin il avait plu des pierres.
M. Messala C. Livio coss. [Anno ab urbe condita 566. anno ante Christum 188]
Luce inter horam tertiam et quartam tenebrae ortae. In Aventino lapidum pluviae novendiali expiatae.

Marcus Messala et Caius Livius étant consuls [An 566 de Rome. 188 avant Jésus-Christ]
Entre la troisième et la quatrième heure du jour, des ténèbres s'étaient faites. Sur l'Aventin une pluie de pierres fut expiée par le sacrifice de neufs jours.

novemdiale deinde sacrum tenuit, quod in Piceno per triduum lapidibus pluerat, ignesque caelestes multifariam orti adussisse complurium levi adflatu vestimenta maxime dicebantur.
On offrit ensuite un sacrifice novendial, parce que dans le Picénum il avait plu des pierres pendant trois jours, et surtout qu'on avait dit que des feux célestes, apparus en plusieurs endroits, avaient brûlé d'une flamme légère les vêtements de plusieurs personnes.
Sp. Postumio Albino Q. Marcio Philippo coss. [Anno ab urbe condita 568 / anno ante Christum 186.]
Sacrum novendiale factum quod in Piceno lapidibus pluit ignesque caelestes multifariam orti levi afflatu complurium vestimenta adusserunt.

Spurius Postumius Albinus et Quintus Marcius Philippus étant consuls [An 568 de Rome. 186 avant Jésus-Christ]
On fit un sacrifice novendial, parce qu'il avait plu des pierres dans le Picenum, et en beaucoup d'endroits étaient apparus des feux célestes, qui brulèrent d'une flamme légère les vétements de plusieurs personnes

Dès lors, il semblaient facile de reconstituer les parties manquantes: il suffisait de recopier les prodiges mentionnés par Tite Live. Oui, mais voila: de nombreux livres de Tite Live sont perdus, c'est à dire ceux couvrant la période 292 à 218 avant notre ère, et ceux couvrant la période allant de 166 à 6 avant notre ère. Qu'à cela ne tienne, du temps où ces livres existaient, ils ont été copiés par d'autres auteurs, comme P. Orosius dans ses Adversus paganos historiarum.

Conrad Lycosthenes, le même qui va livrer cinq ans plus tard un magistral recueil de prodiges depuis la création jusqu'à son temps, va alors se lancer dans un patient travail de compilation, pour retrouver indirectement les passages perdus de Tite Live, et par là, ceux d'Obsequens. Outre L'oeuvre d'Orosius, il va aussi puiser dans les Periochae, les résumés des livres de Tite Live, malheureusement pauvres en prodiges. Pour enrichir son catalogue, il va même chercher, indépendamment de Tite Live, chez des auteurs comme Pline l'ancien.

L'érudite étude de Céline Urlacher-Becht nous apprend que si Lycosthenes a fait appel à des auteurs comme Plutarque, ou Denys d'Halicarnasse, il s'est parfois servi d'un auteur plus moderne comme Polydore Virgile, et que ses emprunts à Tite Live sont parfois fidèles, parfois fantaisistes.

En tous cas, tous ces passages vont lui resservir pour écrire Prodigiorum ac ostentorum chronicon, où il ne se génera pas pour présenter comme venant d'Obsequens, des passages qui, en réalité, viennent de lui.
A noter que sa reconstitution du Prodigiorum liber est illustrée de gravures, toujours les mêmes pour illustrer le même type de prodiges,comme il le fera cinq ans plus tard dans son propre Prodigiorum. On peut d'ailleurs comparer ces gravures.


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Dernière mise à jour: 04/06/2022