Le siècle des prodigiologues

Les prodiges d'autrefois

Nous savons que l'antiquité s'était beaucoup intéressé aux prodiges, avec une excuse: On croyait dur comme fer à leur réalité, et à leur interprétation par les devins, au point que les romains démirent des consuls de leurs fonctions, à cause d'un innocent parasélène apparu à Ariminium. C'est pourquoi Tite Live les avait pieusement consignés, tout en s'en s'excusant, car il savait qu'on n'y croyait plus de son temps. Ces prodiges, Valère Maxime les avait défendu, Cicéron les avait pourfendu, et Julius Obsequens les avait compilé.

Mais ensuite, en dépit de son obscurantisme prétendu, le moyen âge ne semble guère s'y être intéressé. Il faut dire que pour les hommes de l'antiquité les prodiges étaient envoyés par les dieux, et qu'avec l'avènement du christianisme, il n'y avait plus de dieux, mais seulement des anges, des saints, et des démons. En conséquence, il pouvait encore y avoir des miracles, ou des prestiges diaboliques, mais plus vraiment de prodiges, car ne n'était pas les phénomènes insolites qui ne se produisaient plus, mais leur interprétation qui avait changé: s'il survenait quelque phénomène fantastisue, il fallait se tourner vers le prêtre et non plus vers le devin. Un exemple de ce changement est le livre Historiae adversus paganos de P. Orosius, écrit à la demande d'Augustin d'Hippone pour prouver que le sac de Rome en 410, par les wisigoths d'Alaric (et non par les Vandales, comme on l'écrit souvent) n'était pas la conséquence de l'abandon du culte païen, idée bien en accord avec la prodigiologie antique.

Il fallu donc attendre la renaissance, et la réforme, pourqu'on regarde les prodiges d'un autre oeil. Cette fois, ce sont des présages envoyés par Dieu, et non par les dieux.

1503. Jakob Mennel, le précurseur

Jakob Mennel, (Bregenz 1460 / Fribourg 1525) fut un avocat autrichien, historien et généalogiste. Fils de Dorothea Mennel, soupçonnée d'être une sorcière, et de Jos Mennel, il commença à étudier en 1477 et fut maitre ès arts en 1484. Puis en 1496 il fut greffier de la ville de Fribourg, et nommé en 1505 au Conseil impérial par l'empereur Maximilien Ier.

Le manuscrit
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On lui doit diverses oeuvres religieuses ou historiques dont la principale est la Cronica Habspurgensis, histoire généalogique (en rimes) de la maison de Habsbourg, qui la fait remonter à Odoperth, fils fictif de Clotaire Ier.
En 1503, il écrivit un recueil de prodiges de quarante pages, qui nous est resté sous forme d'un manuscrit, orné d'images coloriées, dont il existe au moins deux exemplaires. Le titre qui figure sur le manuscrit est Tractatus de Signis, Prodigiis, et Portentis, antiquis et Novis alors que la Bibliothèque de Stuttgart l'a titré De signis portentis atque prodigiis, ce qui peut être pris davantage comme une description que comme un titre.

1507. Gaspar Torrella, médecin et prodigiologue.

De portentis
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Gaspar Torrella, médecin espagnol, descendant de juifs convertis, fit à la fois carrière dans la médecine, et dans l'église, puisqu'ayant eu le privilège d'être le médecin du pape Alexandre VI, il fut nommé évêque, et eut à soigner César Borgia, le fils de ce même pape. Heureusement pour lui, la chute des Borgia ne l'affecta pas, et le pape Jules II, le garda comme médecin. Si ses différents ouvrages sont consacrés à la médecine, dont deux traitent de la syphilis, maladie nouvelle pour l'époque, son dernier ouvrage, De portentis, presagiis et ostentis fut consacré aux prodiges et à leur interprétation.

1508. Aldo Manuzio, l'initiateur.

Le prodigiorum
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Aldo Manuzio, ou Alde Manuce, en français, fut un imprimeur italien qui, en 1501, fit une petite révolution dans l'imprimerie, qui n'avait alors qu'un demi-siècle, en introduisant un nouveau type de caractères, dédiés à l'imprimerie, pour remplacer les anciens caractères directement imités de l'écriture manuscrite. Ce furent les caractères "italiques".
En 1508, il ressucita le liber prodigiorum, de Julius Obsequens. Un catalogue de prodiges antiques, tirés de l'Histoire romaine de Tite Live, et jusqu'alors bien oublié.
Son édition se base sur un manuscrit malheureusement incomplet, dont on ne connait pas d'autres exemplaires, et qui de plus est aujourd'hui perdu.

1509. Baptiste Fulgose imite Valère Maxime.

Fulgose
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Baptiste Fulgose, de son vrai nom Battista Fregoso, petit fils et fils de doge de Gènes, se devait de devenir lui aussi doge. Il le devint en 1478, mais par la force et la corruption. Après quoi, il fut lui aussi renversé, par son propre oncle. Na parvenant pas à revenir au pouvoir, il se mit à écrire des livres, et c'est ainsi que, bien que publié après sa mort, nous est parvenu son de dictis factisque memorabilibus, imitant le titre et le sujet choisi autrefois par l'écrivain latin Valère Maxime.
Comme Valère Maxime, il consacre des pages aux prodiges, qu'il traite avec la même naïveté que les auteurs de l'antiquité.

1527. Polydore Virgile traite des prodiges dans l'optique chrétienne.

Polydore Virgile
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Polydore Virgile (Polidoro Virgilio), fut un humaniste italien réputé, et un historien estimé. Prêtre et collecteur du denier de Sr Pierre, il vint à Londres en 1502, mais atterrit à la tour de Londres pour avoir révélé au pape, les aspirations papales du primat Thomas Wolsey. Libéré, il abandonna la diplomatie pour se consacrer à l'écriture, et on lui doit De Rerum inventoribus, une histoire des inventions et l'Anglica Historia, une histoire de l'Angleterre, commandée par Henri VII, et terminée en 1534, sous Henri VIII.
Mais en 1527, il écrivit aussi Dialogorum de prodigiis, un traité des prodiges, dans l'optique chrétienne, et mis sous forme de dialogue, en trois livres, qui fut publié en 1531.

1532. Joachim Camerarius s'inquiète des présages célestes.

Camerarius
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Joachim Camerarius, fut lui aussi un humaniste réputé, mais lui était du coté de la réforme. Après avoir étudié à Leipzig, Erfurt et Wittenberg, il devint professeur de grec et de latin à Nuremberg, et termina sa carrière à l'Université de Leipzig.
Il publia, traduisit et commenta de nombreus auteurs anciens, développa un nouveau système pédagogique et écrivit des ouvrages sur l'histoire, la théologie, l'éducation, les mathématiques et l'astronomie.
En 1532, il écrivit Norica, sive de ostentis, un traité des présages liés aux prodiges célestes, en particulier les comètes, dont on continuera de craindre les présages pendant un bon siècle.

vers 1552. Le Wunderzeichenbuch regorge d'illustrations en couleurs.

Wunderzeichenbuch
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Ignoré pendant des siècles, l'Augsburger Wunderzeichenbuch (livre des merveilles d'Augsbourg) était un trésor. Il ne fut découvert qu'en 2009, lors d'une vente aux enchères à Londres. C'est un manuscrit de 123 feuillets, supportant des illustrations à la gouache, avec un texte explicatif, se rapportant à un prodige daté. On peut supposer que les illustrations sont faites d'imagination, mais elles sont plus belles que les illustrations de l'époque, qui ne sont que des gravures en noir et blanc. On ne connait qu'un exemplaire de ce manuscrit, alors qu'on en connait deux pour celui de Jacob Mennel. Si tous les recueils imprimés de prodiges nous on été conservés, celui là a bien failli nous échapper. mais inversement, on peut espérer retrouver encore d'autres manuscrits ignorés.

1552. Conrad Lycosthenes reconstitue les prodiges d'Obsequens.

Obsequens 1552
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Le liber prodigiorum qu'avait imprimé Manuzio contenait à peine deux siècles de prodiges, alors qu'il était censé remonter à la fondation de Rome. Comment retrouver les prodiges manquants? En les prenant là où Julius Obsequens les avait pris, c'est à dire chez Tite Live.
Conrad Lycosthenes, qui fouinait chez les auteurs anciens depuis des années, se fit donc un devoir de reconstituer le livre d'Obsequens en recopiant les prodiges cités par Tite Live. Malheureusement il manquait dèja à l'époque les trois quarts des livres de Tite Live. Heureusement plusieurs auteurs en avaient copié des passages comprenant des prodiges, à l'époque où tous les livres existaient encore, et c'est chez eux que Conrad Lycosthènes a puisé ce qui lui manquait.

1553. Caspar Peucer et la divination par les prodiges.

Peucer 1553
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Caspar Peucer, recteur de l'université de Wittenberg, publia des ouvrages aussi savants que Elementa Doctrinae De Circvlis Coelestibvs, Et Primo Motu, De dimensione terræ, Hypothèses astronomicæ, ou De Meteorologia. On s'attendait donc à ce que dans son Commentarius de praecipuis divinationum generibus, les phénomènes astronomiques tiennent une grand part, or s'il traite bien de la divination par l'astrologie, il n'y a rien qui se rapporte aux phénomènes célestes quand il traite de la divination des aruspices, sur la base des prodiges. Il ne s'agit que de pseudo-prodiges, comme l'apparition d'un hibou, qui alarmaient les romains, mais ne sont pour nous que des faits divers. C'est donc plutôt là un traité sur les superstitions des romains.

1555. Marcus Frytschius énumère les prodiges depuis le déluge.

Frytschius 1555
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Le premier catalogue illustré de prodiges, celui de Jacob Mennel (peu connu) remontait à 356 avant notre ère, et contenanit 37 pages de prodiges.
Le second catalogue complet,et illustré, celui d'Obsequens reconstitué par Lycosthènes, remontait à la fondation de Rome, soit 753 avant notre ère.
Mais voici que trois ans plus tard, Marcus Frytschius, un savant de Silésie, publie un catalogue de prodiges de 130 pages, remontant au déluge. Des prodiges datés depuis la création du monde, mais cette fois sans illustrations.
Deux ans plus tard, Conrad Lycosthènes améliorera le record avec un catalogue de 670 pages, dont 632 de prodiges datés, avec illustrations.

1557. Pour Caspar Goltwurm les prodiges annoncent la fin du monde.

Goltwurm 1557
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Caspar Goltwurm, théologien de la réforme, proche de Luther et de Mélanchthon, choisit de discuter des prodiges dans un cadre apologétique. Pour lui, la recrudescence de ces prodiges, annoncait clairement la prochaine fin du monde. Qu'ils soient bibliques ou historiques, anciens ou récents, ces prodiges étaient manifestement des signes envoyés par Dieu, qu'il fallait savoir interpréter. Aussi s'y emploie-t-il dans le Wunderwerck und Wunderzeichen Buch, en séparant soigneusement les prodiges divins, terrestres et diaboliques.
On est aux antipodes de Cicéron, expliquant que s'il y a des phénomènes incompris, ils ne sont pas surnaturels. Pour Goltwurm il y a bien des phénomènes surnaturels qu'il faut savoir interpréter. On retrouve ainsi la rhétorique des haruspices.

1557. Conrad Lycosthènes bat le record du catalogue le plus riche.

Lycosthènes 1557
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Conrad Lycosthènes avait publié en 1552, une reconstitution du catalogue de Julius Obsequens, qui remontait à la fondation de Rome. Il semble qu'il travaillait déjà depuis des années à amonceler des anecdotes de prodiges. Quand parut le catalogue de Marcus Frytschius, qui remontait jusqu'au déluge, il en fut peut être aiguillonné, car il connut ce catalogue, puisqu'il l'utilisa. En 1557, il publia donc son Prodigiorum ac ostentorum chronicon (Chronique des prodiges et des présages), qui, au prix d'une petite argutie remontait jusqu'à la création de monde. L'argutie, c'était de considérer comme un prodige le fait qu'un serpent parle à Eve, mais elle permettait à Lycosthènes de gagner 1656 ans sur Frytschius.

1560. Pierre Boaistuau recense les monstruosités prodigieuses.

Boaistuau 1560
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Pierre Boaistuau, aujourd'hui bien oublié (et c'est bien fait, vu son antisémitisme stupide), s'était fait connaître en 1558, en publiant Le théatre du monde, qui eut beaucoup de succès et connut plusieurs éditions jusu'en 1622, des éditions aujourd'hui introuvables. En 1560, il publia Histoires prodigieuses les plus memorables qui ayent esté observées, depuis la nativité de Jésus Christ, jusques à notre siecle. C'est surtout une compilations de monstruosités et d'abominations, supposées réelles, mais souvent fabuleuses, qui en font un ancêtre de la revue Détective. Mais les illustrations en couleurs qui figurent sur l'exemplaire manuscrit offert à la reine Elisabeth n'ont rien à envier à celles du Wunderzeichenbuch.

1568. Claude de Tesserant complète les Histoires de Boaistuau.

Tesserant 1568
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Claude de Tesserant, fut une émule de Pierre Boaistuau, mais fut encore plus oublié que lui, puisque les encyclopédies et autres dictionnaires de biographie n'en disent mot. Il était même si peu connu de son temps qu'Ambroise Paré orthographie son nom "Claude Desserant". Tout ce qu'on sait de lui est qu'il était parisien, et qu'il a complété les Histoires prodigieuses de Pierre Boaistuau (décédé en 1566) en en faisant publier en 1568 une nouvelle édition, enrichie de treize nouvelles histoires. Des histoires qui étaient bien dans le style des précédentes, quoique souvent d'origine plus récentes, mélant monstruosités et prodiges. Des histoires tirées de la Bible, d'auteurs antiques, mais aussi d'occasionnels récents.

1572. Cyriacus Spangenberg émule Tite Live.

Spangenberg 1572
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Cyriacus Spangenberg, ne fut pas une émule de Pierre Boaistuau, ni de Julius Obsequens, mais bien de Tite Tive. Il a rapporté une centaine de prodiges, mais n'en faisait pas un catalogue. En fait, à la manière de la chronique de Nuremberg, il a fait une hisoire remontant aux plus anciens rois connus de l'Allemagne, en relatant tous les évènements qu'il ait pu connaître, et en particulier les prodiges et les comètes. Il a même aidé ceux qui voulaient jouer à Julius Obsequens picorant dans Tite live, en ajoutant un volumineux index, où les émules de Julius Obsequens trouveront 99 prodiges. Cependant, ce qui l'éloigne de Tite Live et le rapproche des prodigiologues, c'est qu'il ne met aucunement en doute la réalité des faits rapportés.

1575. François de Belleforest complète aussi les Histoires de Boaistuau.

Belleforest 1575
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François de Belleforest, ne fut pas oublié comme ses deux prédécesseurs, puisqu'il a droit à d'abondantes notices dans les dictionnaires de biographie, bien que peu élogieuses, et qu'il a même sa statue. Après une enfance pauvre, mais après avoir fréquenté le monde littéraire parisien, il vécut de sa plume, écrivant dans divers genres, selon ce que lui demandaient les libraires. On lui doit ainsi une cinquantaine de livres, parfois volumineux, comme sa traduction enrichie de la Cosmographia de Sebastien Munster. On comprend qu'il n'ai pas refusé d'écrire un nouveau complément aux Histoires prodigieuses de Pierre Boaistuau, et qu'il ait fourni trois fois plus de pages par histoires que Boaistuau lui même. Il était réputé pour livrer ses ouvrages à temps, mais pour être peu exact dans ces affirmations, ce qui était moins important quand on fait dans le sensationnel.

1579. Ambroise Paré n'aurait pas du se mettre à la prodigiologie.

Paré 1579
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Ambroise Paré, le célèbre chirurgien français, est plus connu pour avoir rénové la chirurgie que comme prodigiologue. Anatomiste, promoteur de nouvelles thérapies, inventeur d'instruments de chirurgie, il divulga son savoir dans de nombreux ouvrages, qu'il écrivit en français, car à la différence des Diafoirus de son temps, il ignorait le latin. Facheuse lacune qui lui joua un mauvais tour quand, extrapolant sur son savoir d'anatomiste, il se mit à parler des monstres. Mais pour cela, il dut faire confiance à Pierre Boaistuau, qui écrivait en français, plutôt qu'à Lycosthenes, qui écrivait en latin. Or les histoires qu'il recopiait étaient pleines d'erreurs qu'il se vit attribuer, et qu'il traina ensuite comme une casserole à la queue d'un chien, en particulier la description de la "comète de 1528".

1600. Simon Goulart fait un catalogue thématique et crédule

Goulart 1600
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Simon Goulart, né à Senlis en 1543 (et qui resta toute sa vie fier d'y être né) fut un théologien, humaniste et historien, qui après avoir fait son droit à Paris, embrassa la réforme ce qui l'obligea à partir pour Genève, où il fut reçu pasteur, et succéda en 1607 à Théodore de Bèze. Il a traduit les devins de Caspar Peucer et l'Histoire de Portugal, et en tant qu'écrivain, outre des commentaires, il a publié Memoires de l’estat de France, couvrant la période 1576-1598 en 6 volumes
Son thresor d'histoires admirables de nostre temps, publié en 1600, est un catalogue thématique d'histoire édifiantes et de prodiges, parfois célestes, où il fait peuve d'une crédulité colossale.

1600. Johann Wolff, mauvais auteur à tous égards.

Wolff 1600
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"Mauvais auteur à tous égards", c'est le chanoine Pingré qui le dit, et c'est encore gentil, car Johann Wolff, juriste, historien (hum!), et théologien, fut sectaire et de mauvaise foi. En matière de prodiges, on n'a de lui qu'un seul ouvrage, paru l'année de sa mort, ce qui lui épargna d'en lire les critiques. Ce fut Lectionum memorabilium et reconditarum, paru en 1600, en deux volumes. Une chronique de tous les évènements mémorables, et donc des prodiges, depuis la venue du Christ. Mais surtout, c'est un infect ouvrage de propagande antipapiste, récupérant sans vergogne n'importe quelle rumeur pour railler l'église catholique. Et sa prétention à être historien s'effondre quand on voit qu'il est capable d'inventer un astronome, ou une comète.

1605. Pierre Le Loyer, érudit et démonomane.

Le Loyer 1605
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"Pierre Le Loyer, juriste de formation se piqua d'être homme de lettres, et fut d'abord récompensé par un prix littéraire. Mais ensuite, il se piqua aussi d'être expert es langues orientales, en particulier d'hébreu. Sa grande érudition lui servit bien quend il s'agissait d'écrire un livre, en s'appuyant sur l'autorité des meilleurs auteurs, mais elle le desservit en amplifiant les conséquences de son manque d'esprit critique. En 1605, il écrivit le Discours et histoires des spectres, visions et apparitions des esprits, anges, démons et âmes se montrant visibles aux hommes, et il nous en assène 975 pages, plus les tables. Mais à la fin de sa vie, il en était à croire qu'il lui avait été donné par la bénédiction de Moïse de connaître et d'expliquer l'origine de toutes les nations.

les prodiges aux siècles suivants.

Arrivé au XVIIe siècle, il faut bien admettre le déclin de la prodigiologie. L'époque est plutôt aux sciences objectives avec l'avènement de la science expérimentale, et le déclin des idées aristotéliciennes. Déclin aussi de l'asservissement aux certitudes religieuses, et abandon des procès de sorcellerie. Le milieu de ce siècle est le véritable démarrage des "temps modernes". On ne reverra pas l'intérêt pour les prodiges de sitôt, et surement pas au XVIIIe siècle, le "siècle des lumières". Les seules prodiges qui survivent à cette "traversée du désert" sont les miracles, mais seulement dans le cadre de la religion.
Avançons encore d'un siècle. Au milieu du XIXe siècle commencent à fleurir des revues de vulgarisation scientifique. Et ces revues ne négligent pas de mentionner les faits insolites, bizarres, voire inexpliqués. Mais ce ne sont plus des prodiges, mais des phénomènes naturels, même si l'explication en est inconnue, ou fausse. Ces faits insolites dont les descriptions parsèment des revues comme le Scientific american ou La Nature seront plus tard collectées dans des recueils spécifiques, exactement comme Julius Obsequens avaient collecté les prodiges mentionnés par Tite Live.
Arrivé au XXe siècle, force est de constater le retour progressif de l'intérêt pour les phénomènes insolites, surtout s'ils paraissent inexpliqués par la science dite "officielle". Le pionnier de cet engouement est Charles Hoy Fort, avec son Book of the damned, paru en 1919. On dit souvent qu'il est à l'origine du courant du "réalisme fantastique", qui, en France, démarre en 1960, avant de laisser la place au "New Age" (qui n'est en réalité qu'un retour aux idées antiques). Les phénomènes dit "Fortéens" ne sont pas surnaturels comme les prodiges, mais plutôt "paranaturels". Vers 1950 vient s'y greffer le mouvement soucoupique, s'intéressant aux incursions d'engins mystérieux, qui se muera bientôt en mouvement ufologique, qui dans son acception la plus large s'intéresse aussi aux phénomènes paranaturels, dans la mesure ou les engins et eux pourraient avoir une origine commune. La plupart de ces "ufologues" n'ont pas compris l'importance de la culture de l'époque dans l'interprétation des phénomènes insolites, et ceux pour qui les OVNI sont des engins extraterrestres interprètent tout simplement les prodiges de l'antiquité comme des manifestations de tels engins, méconnus par l'ignorance de l'époque.

En résumé, dans l'antiquité, les phénomènes célestes insolites étaient des prodiges générés par les dieux, au XVIe siècle c'étaient des présages envoyés par Dieu, au XXe sècle, c'étaient des manifestations de civilisations extraterrestres. On a remarqué la similitude entre les dieux et les extraterrestres, et c'est pourquoi on a parlé de néo-évhémérisme, dans la mesure ou l'évhémérisme prétendait que les dieux étaient en fait des humains supérieurs sacralisés après leur mort. Ici ce seraient des civilisations supérieures, mais para-humaines. Il y a tout de même un retour vers les idées antiques, tout comme avec le "new age".

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Dernière mise à jour: 25/06/2022