Le mythe de l'alignement SOUPO

SOUPO? C'est la contraction de Southend - Po di Gnocca. Ce terme a été initié en 1966 Par Jacques Vallée dans "les Phénomènes insolites de l'espace". Il y donnait en annexe la table des grands cercles qu'il avait calculé. Grands cercles qui représentaient les alignements d'observations de soucoupes volantes trouvés par Aimé Michel. Cette table contenait des noms aissi obscurs que BAVIC (BAyonne - VIChy), AUPER (AUrec sur loire - quiPER) ou CHATA (CHArdonnay - TAssenières). C'est un travail qui se voulait très scientifique et donc, très sérieux.

Aimé Michel construit le mythe

Ayant découvert par l'examen des observations du 14 octobre 1954, que les observations de soucoupes volantes s'alignaient, Aimé Michel entrepris d'étudier la vague de 1954, jour par jour, en produisant la carte des alignements de chaque journée. Ces cartes furent dessinées pour la publication par Jean Latappy.
Les premières cartes sont assez pauvres: deux alignements sur la première, un alignements sur la seconde, trois alignements sur la troisième, mais crescendo, on arrive à huit alignements sur la cinquième carte, et à vingt six alignements pour la septième

L'alignement qui nous intéresse figure sur la douzième carte, qui illustre les cas du quinze octobre. Laissons Aimé Michel raconter cette journée:

DE L‘ITALIE A L'ANGLETERRE. Pendant ce temps, avec une noble indifférence pour les ballons-sondes et les disputes terrestres, les Soucoupes Volantes semblent évacuer rapidement le ciel de l'Europe. Le vendredi 15, on note seulement sept ou huit observations, toutes nocturnes (sauf une), notées à des heures où le ballon italien a depuis longtemps cessé d'être visible.
  A 3 h 40 du matin, un boulanger de la banlieue sud de Calais, sur la Manche, sort de son fournil pour prendre le frais, comme font tous les boulangers du monde.
Note: En réalité, il roulait en vélomoteur.
Il aperçoit alors une sorte d'engin lumineux, de couleur jaune, qui descend rapidement et se pose sur la voie ferrée non loin de la nationale 43, près du lieu dit Saint-Pierre-Halte. L'objet ressemble à un champignon et mesure, selon le témoin, quatre mètres de diamètre et deux mètres de haut. Il s'envole bientôt et disparaît.
Note: En réalité, le témoin ne s'est pas arrété et n'a pas vu l'objet décoller.
  Le jour se passe. A 14 h 10, des Parisiens voient à haute altitude défiler en file indienne quatre objets de couleurs variées : jaune, orange, bleu, vert et rouge.
  Au cours du même après-midi, un cas d'atterrissage absolument extraordinaire est signalé près de Rovigo, en Italie, non loin de l'embouchure du Pô (Po di Gnocca). Des paysans italiens voient arriver un engin de forme circulaire qui plane lentement et se pose au sol sans bruit. Après quelques minutes d'immobilité, l'engin s'envole verticalement. A l'endroit de l'atterrissage, il y a un cratère de six mètres de diamètre. La terre, comme à Poncey le 4 octobre, a été arrachée par une puissante succion et éparpillée sur les bords du trou. De plus, six peupliers qui se dressaient aux alentours sont carbonisés. Une enquête est immédiatement ordonnée par les autorités militaires.
  La nuit tombe. Près d'Aire-sur-la-Lys, dans le département du Pas-de-Calais, un ouvrier des aciéries d'lsbergues voit un engin lumineux de forme circulaire descendre lentement du ciel et se poser dans la campagne. Au moment de son atterrissage, l'objet se livre à de puissants jeux de lumières qui illuminent le ciel et sont aperçus par de nombreux témoins des villages voisins.
Note: En réalité, la source originale parle d'un bolide.
  Un peu plus tard, près de Montargis, sur la nationale 7, un témoin voit passer un objet lumineux jaune de forme ovoïde. Si nous joignons ce point à Calais, la ligne passe sur l'est de Paris, où nous avons vu qu'une observation est signalée l'après-midi. Voilà un premier alignement, le moins spectaculaire.
  Vers la même heure, à Fouesnant, dans le Finistère (Bretagne), M. René Le Viol voit surgir derrière un rideau d'arbres un engin lumineux rougeâtre ressemblant à une assiette renversée. A peine a-t-il disparu en direction de la mer qu'un autre objet identique au premier surgit au même endroit et disparaît sur la même trajectoire.
  Joignons Fouesnant à l'observation de la nationale 7. La ligne ainsi formée traverse la France et va couper, sur les bords du Rhin, la nationale 68 entre les deux villages de Niffer et de Kembs, dans le département du Haut-Rhin. Or, toujours vers la même heure, deux automobilistes roulent sur cette route, lorsqu'ils voient arriver un objet brillant très lumineux de couleur orange. L‘objet ralentit, décrit un zigzag en descendant à basse altitude (300 mètres, estiment les témoins), change de couleur, puis vire au blanc, accélère et disparaît vers le sud-est. Ce manège est maintenant bien connu, et suggère que ce point est à l'intersection-de deux lignes.
  Et c'est ici que le déroulement des faits devient intéressant. L'objet, nous dit-on, disparaît vers le sud-est. A l'opposé de cette direction, il y a Calais, où se situe la première observation de la journée. Joignons Calais à l'observation du Haut-Rhin. La ligne passe par Isbergues. Prolongeons-Ia vers le sud-est, dans le sens du départ de l'objet. Elle survole un coin de l‘Allemagne, traverse la Suisse, aborde l'Italie, et aboutit à quelques kilomètres de l'observation italienne. Note: En fait, c'est au moins 29 kilomètres.
Est-ce tout? Non. Les journaux français du 17 octobre rapportent qu'une jeune fille a vu l'avant-veille un engin se poser dans un parc à Southend, sur l'embouchure de la Tamise, en Angleterre.
  Sur un globe terrestre, tendons un fil de Southend à Po di Gnocca : il passe à Calais, puis à Isbergues, et franchit le Rhin entre Niffer et Kembs. Ces observations du 15 octobre s'alignent le long d‘une géodésique de plus de 1 100 kilomètres à travers les frontières de cinq pays.

(Aimé Michel, Mystérieux Objets Célestes, Arthaud 1958, p 304)

carte SOUPOL'alignement SOUPO sur La carte de Jean Latappy

Antonio Ribera prouve les soucoupes par le mythe de SOUPO

Le vendredi 15 octobre 1954 on signala une série d’observations en Europe occidentale: a Southend (Angleterre), Calais, Aire-sur-la-Lys (France), sur la route nationale 68 entre Niffer et Kembs (frontiére franco-allemande), prés de Rovigo (Italie), etc. Si l’on étudie chaque fait séparément, a quelle conclusion parvient-on? On ne peut que regretter l’inexactitude des témoignages humains. En eflet, tous ces témoins rapportent des histoires passionnantes mais comment savoir s’ils ne les ont pas imaginées, révées ou inventées. En Italie, il y a de nombreux témoins, mais ce qu’ils racontent est invraisemblable; peut-étre se sont-ils mis d’accord pour dire n'importe quoi. En ce qui concerne la nationale 68 la conclusion est la méme, d’autant plus qu’il n’y a que deux témoins. Il en est de même à Aire-sur-la-Lys. A Calais et à Southend il n’y a qu’un témoin...
En étudiant toutes ces observations separément on parvient toujours a la méme conclusion qui bloque depuis vingt ans l’étude scientifique du phénoméne: si les témoins ont réellement vu ce qu’ils prétendent avoir vu, il s’agit d’un événement prodigieux, le plus grand événement de l’histoire humaine; malheureusement rien ne prouve que les récits soient authentiques. On a alors le choix entre un événement extraordinaire et l’incertitude des témoignages; or l’expérience de la vie quotidienne nous apprend qu’il est plus raisonnable de douter des térnoignages. Jusqu’alors, nous, ne sommes pas encore sortis des méthodes historiques où la science est impuissante a donner un conseil fondé sur l'application de ses propres méthodes.
Mais il y a un fait nouveau qui va tout changer, sur un globe terrestre, tendons un fil entre Southend et Po-di-Gnocca, près de Rovigo. Nous constatons que ce fil qui représente une distance de plus de 1 100 km passe par Calais, Aire-sur-la-Lys et l'endroit de la nationale 68 où a eu lieu l'observation.

(Antonio Ribera, Procés aux OVNI, de Vecchi 1975, p 54)


Et voila, bonnes gens. Le fait que les observations de cinq groupes de témoins soient alignés dans la même journée sur une distance de 1100 km prouve que ces observations concernaient des phénomènes réels!
Ou plus exactement prouveraient... si l'alignement était lui même réel.

L'effondrement du mythe

Le cas de Po di Gnocca aurait laissé des traces spectaculaires, mais malheureusement, quand on calcule le grand cercle reliant Southend à Niffer-Kembs, ce grand cercle passe à 29 km de là. D'autre part la source française la plus proche des faits, date du 16 octobre:

ROME - De nombreux engins mystérieux ont été aperçus hier dans le ciel d'Italie .
( L'Espoir, 16 octobre 1954, page 2)

Or la source est manifestement une dépèche de Rome, du 15 octobre, et par conséquent, le "hier" fait référence au 14 octobre. Nous devons donc amputer l'alignement du cas de Po di Gnocca, avec d'autant moins de remords qu'il n'est pas vraiment sur l'alignement. Il ne nous reste plus que quatre points, dont le dernier est le cas de Niffer-Kembs.

carte SOUPOL'alignement SOUPO réduit à quatre points

Mais le cas de Niffer-Kembs est il bien du 15 Octobre? Hélas non, si l'on en croit le journal local:

Mulhouse. -- Hier soir, vers 18h10, alors que le représentant C. A. circulait en compagnie d'un ami, avec sa voiture sur la route entre Niffer et Kembs, il remarqua brusquement dans le ciel, un objet lumineux ayant la forme d'un œuf et qui décrivait un S dans le ciel dépourvu de nuages..
( Dernières Nouvelles du Haut-Rhin, 15 octobre 1954)

Le cas de Niffer-Kembs est donc antérieur au 15 Octobre, et l'alignement se réduit à trois points:

carte SOUPOL'alignement SOUPO réduit à 3 points

Il nous reste donc les cas de Southend, St Pierre Halte, et Aire sur la Lys.
Mais cette observation d'Aire sur La Lys est elle bien un atterrissage? A-t-elle bien eu lieu le 15 octobre?
Que non pas! Lisons plutôt le journal local:

UN BOLIDE SERAIT TOMBÉ LUNDI SOIR ENTRE LA ROUPIE ET LA LAQUE.
Lundi, vers 21 h. 15, M. Robert Boon, demeurant rue du Doyen à Aire-sur-la-Lys, revenait des Aciéries d'Isbergues et roulait seul à bicyclette lorsque, entre La Roupie et La Lacque, il eut le regard attiré par une boule lumineuse qu'il situa entre le hameau de Hourleron et le village de Thiennes. Ce bolide, en forme de ballon, paraissait, de cette distance (4 kilomètres) avoir un diamètre d'un mètre.
M. Boon fut aveuglé par un éclair fulgurant, jaillissant vraisemblablement à l'instant où le météore touchait terre et se volatilisait.
(La Voix du Nord, édition de St Omer, 20 octobre 1954, page 6)

Effectivement, ce lundi 18 octobre, à la même heure, de nombreux témoins ont décrit le passage d'un bolide.
Exit l'atterrissage d'Aire sur la Lys. Il ne nous reste plus que deux points.

carte SOUPOL'alignement SOUPO réduit à deux points

Maintenant, il convient de s'intéresser à l'observation de St Pierre Halte.
Adressons nous encore à l'inexorable journal local

Et voila qu’à Calais, un autre commis boulanger aurait lui aussi aperçu, sur la voie ferrée, alors qu'il se rendait à son travail, un engin énigmatique qui avait choisi la voie ferrée qui va de Calais à Dunkerque, tout prés de Saint-Pierre Halte, pour atterrir.
...
Mais écoutons parler M. Thery.
- Je venais de quitter la maison. Il était environ 3 heures 40 du matin. Je roulais sur la route de Sintt-Omer, entre le Virval et la Gare de Saint-Pierre Halte. Mon vélomoteur filait à vive allure. J'allais amorcer le virage pour m'engager sur le chemin Castre. La nuit était assez belle et la lune diffusait une clarté assez importante pour distinguer assez loin devant soi. Au moment ou j'allais franchir le passage à niveau, mon attention fut machinalement attirée et je tournais la tête vers la gauche.
« Ce que je vis alors m'étonna: à une cinquantaine de mètres de moi, sur la voie ferrée carrément, du coté de Coulogne, là même où passent les trains de Dunkerque ou revenant de cette dernière ville, j'aperçus une forme semi-sphérique.
Je me suis dit ; Tiens, voilà une curieuse construction sur la voie ferrée. La masse avait environ deux mètres de haut, sur trois ou quatre de large. Eîle emjambait la voie. je le répète, sa couleur était d’un jaune très brillant.»
JE NE ME SUIS PAS ARRETE
Détail curieux : M. Théry ne s‘arrêta pas.
...
Evidemment, sur place on ne voit plus rien, car depuis quelques jours pas mal de trains ont passé.
( Nord Littoral, 15 octobre 1954, page 2)

Oui, le journal dit bien que l'observation s'est déroulé quelque jours avant. Donc, quand bien même on classerait ce cas comme atterrissage, il n'appartient pas à l'alignement du 15 octobre. Il ne reste donc plus qu'un point!

carte SOUPOL'alignement SOUPO réduit à un point

Et voila! Il ne reste qu'un seul point du magnifique alignement Southend-Po-di-Gnocca. Encore, ce cas n'est il sauvé que par l'impossibilité de vérifier dans le journal local.
La magnifique construction d'Aimé Michel se réduit finalement à un point, et peut-être même à zéro!

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Dernière mise à jour: 15/09/2016